samedi 24 janvier 2026

A la découverte de : La civilisation Judéo-chrétienne Anatomie d’une imposture de Sophie BESSIS.


Cet essai est une analyse d’un concept qui a fait son apparition dans le débat public : l’Europe serait l’héritière, voir le lieu de naissance de la culture judéo-chrétienne et cela serait le cœur de notre unité.

la problématique que Sophie BESSIS, Historienne spécialiste des relations Nord-Sud et de la condition des femmes en Afrique et dans le monde arabe, entend traiter peut se résumer par une question : comment et pourquoi nous sommes passés d’une Europe gréco-latine à une Europe Judéo-chrétienne ?

Le livre est composé d’une introduction et de 5 chapitres.

Dans son introduction, l’autrice souligne que le concept de « judéo-chrétien » a été forgé en Europe et aux USA pour les distinguer du « monde musulman » car cette notion est absente chez les chrétiens d’Amérique du Sud ou d’Afrique. Elle illustre cette réalité par les exemples de Mac Cain s’en sert dans sa campagne des présidentielles ou Netanyahou pour justifier les frappes sur Gaza.

La première partie est donc l’analyse de l’implantation du concept de « judéo-chrétien ». Sophie BESSIS renverse avec talent l’expression « le grand remplacement » pour le processus de l’effacement de l’Europe gréco-latine. L’auteure expliquant d’une part que l’influence gréco-latine servait à délimiter l’Europe de l’Orient et qu’avant les Lumières, les juifs étaient surtout considérés comme des orientaux (Proudhon par exemple présentait les juifs comme des orientaux) ou comme peuple témoin ou déicide d’avant le christianisme. Pour Sophie BESSIS ce qui annule tout le lien de filiation est le massacre des Juifs d’Europe. L’extermination des juifs en tant que tels devient centrale entre 1962 et 1985 avec le procès Eichemann et la sortie du film Shoah.

Les Lumières permet aux juifs deviennent européens avec une intégration très importante et rapide certes et les Juifs ont contribué la pensée moderne mais la Judéité n’est forcément constitutif de l’Europe. Les juifs comme orientaux sont restés sous le feu des pires clichés antisémites par des auteurs comme Pierre LOTI, MAUPASSANT ou Alexandre DUMAS. L’auteure relève que Hannah Arendt avait démontré que ce même cliché avait utilisé par le sionistes pour permettre la création d’Israël et une césure au sein même de la judaïté avec des a priori très fort sur les Juifs du monde arabe.

Viens ensuite la partie où l’auteure développe son analyse sur la façon dont s’est fait l’oubli pour installer ce concept excluant de « judéo-chrétien ». Cette notion accompagne, en Europe, le retour du religieux pour qualifier tout fait culturel.

Ce retour du religieux se fait en occultant les aspects antisémites compris dans les religions chrétiennes (apostolique et romaine, protestant et orthodoxe) depuis la séparation entre les chrétiens et les juifs. L’Europe chrétienne devait, après la guerre, masquer ses origines anti-juives. Il faut masquer le statut précaire des juifs en Europe pendant le Moyen-Âge, les édits des rois catholiques, les zones de résidence en Pologne ou en Ukraine ou les dispositions présentes dans le code noir.

Le XIXème siècle serait un « siècle juif » grâce à l’assimilation et à l’apport massif de la pensée juive à la modernité européenne et la naissance d’un nouvel antisémitisme. Sophie BESSIS pense cependant que Hannah ARENDT se trompe en voyant une césure entre un vieux et un nouvel antisémitisme. Le nazisme n’est qu’une continuité de l’antisémitisme.

Après guerre, la tragédie de l’extermination nazie conduit l’Europe à reconstruire ses valeurs sur deux stratégies complémentaires : celle d’une part de soutenir Israël dans sa création et son extension puisqu’il est l’héritier des victimes innocentes de la Shoah et d’autre part faire du judéo-christianisme le socle culturel de l’occident. L’Europe s’accapare ainsi le judaïsme. Cela réglerait la question de l’héritage et de la filiation. Et cela entraîne un aspect essentiel du livre de S. BESSIS : si on définit ce qui est européen, définit ce qui ne l’est pas…

Dans le troisième chapitre, l’auteure démontre comment le concept de judéo-chrétien est une machine à expulser, à dire ce qui est étranger et notamment l’Islam. Or, l’Islam fait partie des religions abrahamiques. Par exemple, Il y a 67 occurrences sur Abraham dans le Coran réparties dans 25 sourates ou encore Marie a une sourate dédiée.

L’auteure, s’appuyant sur le livre « Le Coran des historiens », montre que l’Arabie fait partie du monde Antique tardif, il y a des royaumes juifs comme chrétiens par exemple, et que l’Islam naît comme une continuité avec les autres religions. Autre exemple, l’empire musulman s’est beaucoup inspiré du droit byzantin pour administrer les territoires conquis. Sophie Bessis finit sa démonstration de l’importance de la pensée en Islam au Moyen-Âge sur l’importance de l’averroïsme comme première pensée rationnelle issue d’Aristote et contestant ainsi que la pensée islamique est étrangère à l’Europe, qu’il fait partie de l’altérité intellectuelle européenne et participe à son universalisme. Cela malgré une concurrence redoutable sur le plan religieux.

dimanche 31 août 2025

"Le siècle des communismes" : un ouvrage collectif essentiel à la compréhension d'un pensée politique...

    Ce livre était en ma possession depuis longtemps (2002, si ma mémoire est bonne). Je n'ai commencé  son étude qu'une vingtaine d'année  après l'avoir acheté. Malgré cela, ce livre reste d'une grande actualité et utilité politique.
    Un handicap qui entrainant une lecture lente, une prise de note qui prend du temps, des pauses plus ou moins longues pendant la lecture ont fait que cette lecture fut enrichie de diverses manières et par divers débats.


Je considère ce livre comme majeur pour comprendre l'Histoire du communisme et celle du XXème siècle. Toute la thèse du livre est dans le titre de l'ouvrage : Le mot "communismes" au pluriel implique que le même phénomène politique puisse avoir de multiples parcours et identités sur les différents continents.


    
Le livre se veut une réponse scientifique au "Livre noir du communisme". La réponse est brillante. Le phénomène historique du communisme est abordé par différentes entrées (historique, sociologique, par les aspects du genre, etc.). Aucun aspect n'est ignoré, par exemple la violence n'est pas analysé comme un phénomène propre au communisme mais comme une violence révolutionnaire qui a une histoire institutionnelle longue tant qu'au 19ème siècle qu'au 20ème siècle.

De plus, les auteurs analysent ce phénomène sur chaque continent en se basant sur l'évolution de situations locales. Par exemple, en Amérique du Sud, les auteurs analysent comment les partis s'implantent et comment ils évoluent suites aux dissensions avec Moscou, notamment pour la prise en compte de la question amérindienne dans les questions nationales.
De même, pour  le monde arabo-musulman, les auteurs expliquent de façon très claire les raisons de no pénétration du communisme dans cet espace civilisationnel. Et cela est fait pour chaque zone (Liban et Syrie, Algérie et le reste du Maghreb, etc.).

    Le livre est découpé en 4 grandes parties. les trois premières parties sont découpées avec un thème et une chronologie.
La première porte sur les différentes interprétations du communisme et ces interprétations sont placées dans les différentes époques. La deuxième partie porte sur les grandes phases du communismes avec une chronologie découpées de la naissance du communisme(1914-1944), puis le communisme comme système (1944-1968) et enfin la crise du système (1956-1989). la troisième partie porte sur l'Internationale, les partis et les hommes, les formes de militantismes, les influences dans les zones géographique ; cette partie est celle qui contient La dernière étant une conclusion autour de la place du communisme dans le XXème via le rôle de la violence dans le communisme, la lutte antifasciste et la politisation des ouvriers.


Ce livre fut une vraie rencontre. il est passionnant tellement il est bien fait. Sa facilité d'accès m'a permis de mettre en place une prise de note pour me faire une fiche de lecture... chose que je n'avais jamais fait.
C'est une œuvre majeure pour comprendre le communisme comme phénomène politique et historique. J'ai trouvé aussi des échos dans l'actualité, comme par exemple, les exclusions chez LFI qui ressemblaient beaucoup à la bolchévisation du parti à la fin des années 20.
Un livre à avoir dans sa bibliothèque. 
 

samedi 8 août 2020

Les procès politiques du nazisme : comparaison des procès de Leipzig (1933) et Berlin (1944) .

Conférence de Johann CHAPOUTOT, à l'invitation de l'A.F.H.J. dans le cadre d'un cycle les procès politiques dans l'Histoire de 2014.
Une conférence en deux partie et très éclairante du professeur CHAPOUTOT.

 

samedi 4 juillet 2020

L'histoire de l'esclavage comme histoire originaire du capitalisme... Une très belle série d'ARTE.

Une bonne réalisation, un sujet passionnant, des angles d'analyses qui nous sortent des analyses des faux historiens et des chroniqueurs négationnistes qui peuplent les plateaux télés.
Un vrai travail d'information et de vulgarisation.