Analyses à charge satisfaites, déni de succès pour le Front de gauche, assignation des classes populaires au FN.
LE VOTE FN.
Le géographe Christophe Guilluy dans Slate.fr (27/04) décrit depuis dix ans la précarisation d’une France périphérique majoritaire, confrontée à la brutalité de la mondialisation et très préoccupée par les questions d’immigration.
Voici son analyse sur le vote FN, les classes populaires et la gauche. « Ce qui a explosé, c’est que les catégories qu’on croyait être des classes moyennes ne le sont plus. Il s’agit plutôt d’une population qui a pris en pleine gueule la mondialisation, mais concrètement. C’est-à-dire avec une déflation salariale, la précarisation sociale, la paupérisation et la fin de l’ascension sociale pour les enfants, d’où le vote des jeunes prolétaires pour Marine Le Pen. La gauche pense que si les gens votent FN, c’est parce qu’ils sont vraiment cons. C’est une condescendance que j’ai souvent trouvée en discutant avec le PS.
Pourtant au XXIe siècle, qui est le siècle de l'accélération de la mondialisation et de l’émergence des sociétés multiculturelles, on ne peut plus aborder la question sociale sans évoquer la question identitaire. Les gens vont voter pour Hollande par rejet de Sarkozy. Et l’ouvrier de base a compris qu’Hollande n’allait pas changer sa vie, ça ne sera pas vraiment un vote d’adhésion. » Sylvain Crépon, sociologue (La Croix 24/04) note « Le FN recrute toujours dans l’électorat qui vit la précarité ou qui a peur de la vivre, notamment dans les zones industriellement sinistrées. on voit le FN à plus de 40 % dans certains villages. Il s’agit d’un électorat ouvrier qui a souvent été chassé des villes ou de la proche périphérie par les prix de l’immobilier. À l’inverse, dans les villes, même les quartiers populaires sont majoritairement composés de classes moyennes. » Béatrice Gibelin, géographe, remarque (Libération 26/04) « Marine Le Pen obtient plus de 20% dans 43 départements contre 25 en 2002. Doit-on encore qualifier ce vote de protestataire ou de colère quand il est ancré sur les mêmes territoires depuis quinze ans voire plus ? Les difficultés économiques et la crainte du chômage, pour soi-même ou ses enfants, dans des zones où le marché de l’emploi est étroit, sont un contexte favorable pour que les discours tenus par Marine Le Pen trouvent un écho. Enfin, le retrait de l’État pour raison de restrictions budgétaires met en péril les services publics. En d’autres termes, dans ces campagnes périurbaines se développe là aussi le sentiment d’abandon. C’est ce même sentiment de menace et d’abandon que l’on retrouve dans le vote d’extrême droite de nombreux pays européens. La défense de la Nation et de ses valeurs fait alors de l’étranger, surtout s’il est musulman, une menace interne et un bouc émissaire. »