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lundi 14 octobre 2013

Émanciper le présent du passé colonial : interview de Jacques Pradel, Président de l'ANPNPA dans le journal Cerise.


Face à la montée de l’islamophobie et de l’extrême droite, rompre avec les lectures coloniales et racistes, ainsi qu’avec les tabous de “l’histoire officielle”, est une ardente obligation. Entretien avec Jacques Pradel, président de l’Association nationale des Pieds Noirs progressistes et de leurs amis (ANPNPA).

Plus de quarante ans après la fin de la guerre d’Algérie et le départ de la majorité des Pieds Noirs pour le continent, pourquoi se mobiliser en tant que “Pieds Noirs progressistes” ?

Nous avons deux raisons d’accoler progressiste à Pied Noir. D’une part, il s’agit de dénier aux associations qui regroupent anciens de l’OAS et Pieds Noirs nostalgiques bornés de l’Algérie française, qu’il faut distinguer des “amicales”, éventuellement sympathiques, le droit de parler au nom de nous tous. Les Pieds Noirs se sont resitués dans les contradictions de la société française et se distribuent sur l’ensemble de l’échiquier politique. Nous entendons ainsi porter témoignage, en tant que Pieds Noirs, de ce que furent la colonisation, la guerre d’indépendance et les crimes commis durant 132 ans par la France en Algérie. De ce point de vue, notre association aurait pu être créée plus tôt.
D’autre part, nous entendons prendre toute notre place pour combattre la montée des idées de l’extrême droite, si entretenues et banalisées sous Sarkozy, si peu et si mal contredites aujourd’hui sous Hollande. Combattre notamment, en tant que Pieds Noirs et enfants d’Algérie, la réactivation du racisme anti-“arabe”, ce relent de notre passé colonial.

Vous essayez de briser le monopole des discours “officiels” à propos de l’Algérie - discours des “nostalgériques” d’une part, discours de l’État algérien et de l’État français d’autre part. Quelles sont les difficultés de ce combat ?

Le discours “nostalgérique” est très primaire, réduisant la conquête de l’Algérie à la nécessité, en 1830, de libérer les esclaves chrétiens d’Alger du joug ottoman, la colonisation aux “aspects positifs”, et la guerre aux massacres du FLN !
Rien ne sert de s’y arrêter, sinon pour relever combien ce discours est utilisé en France par le FN bien sûr, mais aussi par la droite “classique”. Pour celle-ci, il s’agit moins de séduire l’électorat pied noir, qui vote comme les autres Français, que d’adresser un message aux électeurs d’extrême droite (1).

Quant aux États, ils démontrent la même volonté d’occultation. En France, l’histoire commune avec l’Algérie n’a jamais cessé d’être interprétée et ces interprétations d’être prises comme arguments dans le débat politique national. Le précédent gouvernement, Sarkozy, ne déviant en rien de sa ligne politique de compromission avec l’extrême droite, ne prit aucune initiative positive vers l’Algérie, et continua d’alimenter les campagnes odieuses de réhabilitation de l’OAS, les caresses, maladroites, adressées aux associations de harkis et de Pieds Noirs “nostalgériques”.La ligne du gouvernement dirigé par le Parti socialiste, heureusement d’une autre nature, reste cependant bien loin de l’ouverture nécessaire. Ainsi, tandis que le président Hollande reconnaît « la sanglante répression », et non le crime d’État que fut le massacre de centaines d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris, le ministre Le Drian rend très officiellement hommage au sinistre général Bigeard. Si un pas en avant a été franchi avec la visite du Président en Algérie et ses discours sur le « caractère injuste et brutal de la colonisation », de tels propos restent très timides pour qualifier le fait colonial et les crimes qui l’ont accompagné.

En Algérie, la nébuleuse politico-militaire au pouvoir depuis l’indépendance n’a cessé de formater l’histoire pour conforter sa domination autoritaire et sans partage. Dès l’indépendance, le parti unique FLN a imposé une version “culturaliste” de l’identité nationale algérienne, gommant la richesse formidable que constituent les diversités ethniques, linguistiques et culturelles du pays. Ce que Ben Bella dans un de ses premiers discours de 1962 résumait par « Nous sommes arabes, nous sommes arabes, nous sommes arabes ! … Et l’Algérie est un pays arabe et musulman »…

L’enseignement de l’histoire (tel que toujours pratiqué !) complète le tableau en posant que l’Algérie n’a qu’une histoire, et que celle-ci commence avec les invasions arabes et se termine avec une guerre d’indépendance idéalisée, menée par le peuple héroïque uni derrière le FLN et l’Islam face au colonialisme français.
Aujourd’hui, face à une situation sociale particulièrement tendue et à un système politique bloqué, la caste au pouvoir n’a d’autre projet que de maintenir sa domination.
À cette fin, elle déploie ses deux armes favorites : un autoritarisme administratif et policier pour contenir la contestation sociale, et, en balance, une version purement idéologique et falsificatrice de l’histoire pour conforter l’identité, la fierté, la solidarité nationales. Dans le même temps, la “guerre des mémoires” a été soigneusement entretenue par un jeu de surenchères réciproques, qui culmina avec la menace coté algérien d’une loi exigeant la « repentance », brandie en réponse au projet français d’une loi évoquant les « aspects positifs » de la colonisation.

Ces discours ont largement pénétré les consciences, d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée. Comment procédons-nous pour les combattre et les dépasser ? En Algérie, par des “voyages militants”, tolérés et ignorés par le pouvoir, mais remplis de débats, de rencontres avec des associations, d’articles dans la presse francophone, d’interviews radio… mais aussi par le suivi des contacts établis et par des actions menées en commun. En France, par des initiatives visant au renforcement de l’amitié entre les peuples des deux rives, par un engagement contre le racisme et la xénophobie, par la contestation publique du discours “nostalgérique”. Il est, de ce point de vue, particulièrement important pour nous de prendre langue, d’échanger, de travailler ensemble, avec nos frères algériens ou d’origine algérienne, avec des associations qui les représentent dans nos villes et nos quartiers.

mardi 17 septembre 2013

Tiaret : Les platanes de la Place Carnot... Un livre à deux voix sur cette ville et sur cette période...

"Tiaret : Les platanes de la Place Carnot" : un livre de nouvelles qui ont été écrites par Abdelkader Belarbi et Pierre Pradel, tous deux natifs de Tiaret.

Ils ont co-écrit un ouvrage composé de nouvelles concernant des personnages réels ou fictifs qui évoquent des moments de vie avant, pendant ou après la guerre d'Algérie.
Le fil rouge du livre est la pendaison de trois patriotes algériens sur la place Carnot le 8 juin 1958.
Ce livre, réquisitoire contre le colonialisme, met en avant les joies et souffrances des peuples algérien et pied noir qui ont pu vivre à côté sans jamais vraiment se rencontrer. Il pose le besoin de cette rencontre plus que jamais nécessaire, par une coopération économique et culturelle dégagée de toute rancœur et racisme entre les peuples algérien et français.

Le livre sortira en octobre 2013. Pour plus de renseignements, pour commander le livre ou prendre contact avec les auteurs : pradelpierre@wanadoo.fr (
15€ +1,85€ de port)


mardi 18 décembre 2012

Le PCF et l'Algérie : pour en finir vraiment avec le colonialisme et ceux qui l'instrumentalisent…

Ce texte est une intervention de Pierre Laurent, secrétaire nationale du PCF, lors d'une rencontre portant sur le 50ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. Il est repris dans une brochure éditer par la fédération de Paris du PCF.

En cette année 2012 du 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, on espérait un nouveau départ de la relation franco-algérienne avec un nouveau regard sur le passé colonial. La France, en effet, ne pourra pas construire, dans la durée, un rapport « normal » avec l’Algérie et les autres pays du Maghreb, ni même contribuer à refonder un partenariat euroméditerranéen digne de ce nom, sans une reconnaissance du fait colonial, de ses crimes et de ses conséquences.

La crise en Europe, aujourd’hui, systémique et profonde, est en effet le fruit d’une politique structurée sur un rapport de prédation et de domination, sur l’arrogance des puissants, sur le refus persistant de considérer le colonialisme comme une matrice, un antécédent qui marque dans la longue durée la relation franco-algérienne et même euro-méditerranéenne. Construire ou reconstruire un partenariat, des coopérations avec l’Algérie et le Maghreb, cela nécessite bien des changements démocratiques, une confiance mutuelle donc une histoire correctement assumée. Un nouveau regard sur le passé colonial aurait dû s’imposer aussi car il faudra bien qu’un jour, la France ose regarder la vérité en face. Comme le dit fort justement Françoise Vergès (1) , le colonialisme, « c’est bel et bien l’histoire de la France ». L’État, à travers les plus hautes autorités qui l’incarnent, n’a toujours pas accompli les actes nécessaires pour reconnaître la responsabilité de la France, accepter les vérités de cette histoire tragique et assumer les crimes contre l’humanité qui ont été commis. Tandis que dans la société française les instrumentalisations de cette même histoire, les tentatives récurrentes de réhabilitation du colonialisme, les tentatives pour lui trouver des aspects positifs, les inacceptables silences… nourrissent des polémiques et des confrontations idéologiques permanentes et le choc recherché des mémoires. L’extrême droite y puise une énergie nauséabonde et nuisible.